L'accord sujet-verbe en français : les cas particuliers à connaître

En grammaire française, la règle de base semble simple : le verbe s'accorde toujours en personne et en nombre avec son sujet. Si le sujet est singulier, le verbe l'est aussi ; si le sujet est pluriel, le verbe prend une marque de pluriel. Pourtant, l'accord sujet-verbe (subject-verb agreement) constitue l'une des sources d'erreurs les plus courantes, aussi bien chez les apprenants du français langue étrangère (FLE) que chez les locuteurs natifs.

Pourquoi cette difficulté ? Parce que la langue française regorge de structures syntaxiques où le sujet réel est éloigné, inversé ou composé de termes collectifs. Voici un tour d'horizon complet des cas particuliers indispensables pour maîtriser cet accord avec précision.


1. Les sujets coordonnés : « et », « ou », « ni »

Lorsque les sujets sont reliés par « et »

  • Le professeur et l'étudiant analysent le texte.
  • En règle générale, deux sujets singuliers reliés par « et » équivalent à un sujet pluriel (troisième personne du pluriel) :

  • Moi + quelqu'un d'autre = 1ère personne du pluriel (nous) : Mon frère et moi partons demain.
  • Toi + quelqu'un d'autre = 2ème personne du pluriel (vous) : Ton ami et toi devez patienter.
  • Attention toutefois à la hiérarchie des personnes :

    Lorsque les sujets sont reliés par « ou » ou « ni »

  • Exclusion mutuelle (un seul sujet peut accomplir l'action) : le verbe reste au singulier.
  • C'est Pierre ou Julie qui obtiendra le poste.
  • Addition ou coexistence possible : le verbe se met au pluriel.
  • Le thé ou le café conviennent pour le petit-déjeuner.
  • Ni la peur ni le doute ne l'ont arrêté (ou ne l'ont arrêtée). Avec ni... ni, le pluriel est généralement privilégié, sauf si l'exclusion absolue est évidente (Ni l'un ni l'autre n'est le coupable).
  • L'accord dépend du sens logique :


    2. Les noms collectifs et les adverbes de quantité

C'est l'un des pièges les plus redoutables de la langue française.

Noms collectifs suivis d'un complément (une foule de, une majorité de)

  • Si l'accent est mis sur le groupe en tant qu'unité : verbe au singulier.
  • Une foule de manifestants a envahi la place.
  • Si l'accent est mis sur les individus qui composent le groupe : verbe au pluriel.
  • Une foule de touristes achetaient des souvenirs.
  • Lorsque le sujet est composé d'un nom collectif suivi d'un complément au pluriel, l'accord se fait selon l'intention du locuteur :

    Le cas particulier de « la plupart » et des adverbes de quantité

  • La plupart : toujours pluriel.
  • La plupart des élèves ont compris la leçon.
  • La plupart sont arrivés à l'heure.
  • Beaucoup de, peu de, combien de, tant de : accord avec le nom qui suit.
  • Beaucoup de temps a été perdu (singulier).
  • Beaucoup d'efforts ont été fournis (pluriel).
  • Contrairement aux collectifs ordinaires, certaines expressions imposent systématiquement le pluriel lorsqu'elles sont suivies d'un complément pluriel ou employées seules :


    3. Le pronom relatif « qui »

  • C'est moi qui ai préparé le dîner. (Antécédent : moi → 1ère personne du singulier, jamais a).
  • C'est toi qui as trouvé la solution.
  • Ce sont eux qui ont insisté.
  • Le pronom relatif sujet « qui » prend toujours le genre, le nombre et la personne de son antécédent (le nom ou pronom qu'il remplace) :

Cette règle est souvent oubliée à l'oral, où l'on entend parfois à tort : « C'est moi qui a fait ça ».


4. Les pronoms indéfinis : « on », « chacun », « tout le monde »

  • Tout le monde : s'accorde toujours à la 3ème personne du singulier.
  • Tout le monde veut réussir. (Jamais veulent).
  • Chacun / Chacune : toujours au singulier.
  • Chacun des participants reçoit une attestation.
  • On : s'accorde toujours avec un verbe à la 3ème personne du singulier (on va, on dit). Cependant, si « on » désigne plusieurs personnes bien identifiées, l'adjectif ou le participe passé qui l'accompagne peut s'accorder au pluriel : On est partis ensemble hier soir.
  • Ces pronoms désignent souvent une pluralité de personnes, mais sur le plan syntaxique, ils sont rigoureusement singuliers :


    5. L'inversion du sujet

  • Où vont tous ces voyageurs ? (Le sujet est tous ces voyageurs).
  • « Arrêtez », crièrent les policiers.
  • De cette décision dépendent plusieurs projets cruciaux.
  • Dans les questions formelles, après certains adverbes en tête de phrase (peut-être, sans doute, à peine), ou dans les incises, le sujet est placé après le verbe. Ne laissez pas cette inversion perturber l'accord :


    Tableau récapitulatif des pièges courants

    Conclusion : la méthode infaillible

    Expression Accord du verbe Exemple correct
    :--- :--- :---
    C'est / Ce sont Pluriel devant un nom pluriel ou pronom 3e pers. pluriel Ce sont mes collègues.
    Plus d'un Verbe au singulier Plus d'un élève a réussi.
    Moins de deux Verbe au pluriel Moins de deux minutes suffisent.
    Le peu de (+ pluriel) Accord selon le sens (manque ou présence) Le peu de connaissances qu'il a lui suffit.

Pour réussir systématiquement l'accord sujet-verbe en français, posez-vous toujours deux questions incontournables :

1. « Qui est-ce qui fait l'action ? » pour identifier le sujet réel, sans vous laisser tromper par un pronom complément d'objet placé entre les deux (« Les lettres que tu leur as envoyées » vs « La lettre leur parvient »).

2. « Quel est le noyau grammatical de ce sujet ? » afin de déterminer si le mot directeur commande un singulier ou un pluriel.

En appliquant ces réflexes d'analyse, les pièges grammaticaux du français deviendront vite des automatismes limpides.